Que dire du Louvre

Abu Dhabi



Cet article fait partie de notre série Vigie Urbaine.
Il explore un sujet à travers une sélection de plusieurs contenus de qualité issus de notre veille en ligne.



Inauguré en grande pompe en novembre 2017 par des personalités politiques de premier rang, la nouvelle franchise du musée du Louvre à Abu Dhabi aux Émirats arabes unis, conçue par les Ateliers Jean Nouvel, est un projet en tout point hors-norme.  Impossible de parler de son enveloppe architecturale — globalement saluée par les critiques et les premiers visiteurs — sans aborder le projet politique et culturel sous-jacent. 

Avec cette sélection de contenus en ligne, Exercice propose plusieurs points de vue sur ce projet singulier, sur son objet, controversé, comme sur sa qualité architecturale.



Cinq liens


1. Des moyens & des ambitions
︎ L’ouverture du Louvre Abu Dhabi est l’aboutissement d’un partenariat signé il y a dix ans entre la France et les Émirats arabes unis. Le principe de la coopération entre les deux pays est simple : les Émirats  bénéficient d’une antenne du Louvre à Abu Dhabi qu’ils financent intégralement, en plus du prêt du nom et des œuvres.  Côté français, on espère près d’1 milliard d’euros de contributions émiraties sur l’ensemble des accords signés, dont une partie sera réservée aux seules dépenses d’investissement.
Si l’Alliance France-Muséums évoque les bienfaits de l’exportation du savoir-faire français (certes), l’opération est avant tout une histoire de gros sous.
Le musée lui-même, dont la construction était initialement estimée à 600 millions d’euros, a très probablement coûté plus cher.
Un projet pharaonique, donc, et une enveloppe budgétaire stratosphérique qui n’empêchera pas les déboires rapportés par les médias : conditions de travail abusives sur le chantier, retard de livraison du bâtiment, mauvaises conditions d’installation des œuvres, etc.
Le prix du Louvre à Abu Dhabi (France Culture)

2. Un grand musée, clé en main
︎ Comment construire un musée hors-sol sans attache possible avec une histoire et une culture locale ? Cette question exprime toute la difficulté du projet et les doutes qui l’entourent. Istallé dans un État fédéral jeune,qui ne doit sa richesse qu’à ses ressources naturelles, le Louvre Abu Dhabi ne doit son existence qu’à deux entités statutaires : l’une est la marque Louvre, prêtée pour 30 ans, l’autre est l’édifice conçu par Jean Nouvel et qu’il est impossible d’imaginer ailleurs.
Pour le reste, il va falloir composer avec des sensibilités culturelles et religieuses qui ne sont habituellement, pas les nôtres. Le Louvre d’Abou Dhabi, une histoire de l'art prédigérée (Slate)

3. Nouvel à son climax
︎ Jean Nouvel — architecte contextuel — n’a pas eu l’embarras du choix des traits seyants sur ce site de projet. Sur une île, dans un quartier où tout est à faire, il n’y a pas grand chose à quoi se raccrocher. Mais dans l’exercice ô-combien difficile de créer un grand objet isolé sans en faire des tonnes, c’est peut-être suffisant.
Une ville muséale s’avançant sur la mer, une médina arabe, et une coupole jouant avec la lumière et le climat : voilà, simplement, le projet. On y retrouve l’ombrelle ajourée, le parcours jonché de blocs juxtaposés que l’on a déjà vu chez Nouvel. On se rappelle de ses édifices culturels, ceux que l’ on apprécie comme ceux que l’on évite et on se dit qu’à Abu Dhabi, Nouvel a fait bien tout en donnant l’illusion de faire peu. Louvre Abu Dhabi, le chef-d’œuvre de Jean Nouvel (Connaissance des Arts)

4. Le palais culturel des Émirats
︎ Pour Oliver Wainwright aussi, le Louvre Abu Dhabi passerait presque pour un projet discret, dans une ville où le paysage urbain est constellé de gratte-ciels mégalos, de malls gigantesques,de façades clinquantes et bientôt d’autres musées aux formes toujours plus délirantes au service de l’image de marque de leurs concepteurs. 
Mais n’oublions pas que le nouveau musée émirati est conçu pour être un palace. Un palace culturel, certes, mais un palace très onéreux tout de même, dont l’existence-même sent les gros pétrodollars et dont les finitions trahissent une réelle faiblesse pour le bling local.
Louvre Abu Dhabi: Jean Nouvel's spectacular palace of culture shimmers in the desert (The Guardian)

5. Un lieu public iconique 
︎ La plus grande force du projet d’architecture est peut-être son aspect urbain. Une fois les sujets politiques et culturels évacués, l’édifice de Jean Nouvel réussit à être un lieu.
Il est, en définitive, à mettre dans la catégorie de ces grands musées contemporains où l’expérience de parcourir un lieu, à l’intérieur comme à l’extérieur, est quasiment aussi important que ce qu’il expose. Cette posture peut être irritante — elle l’est par exemple à la fondation Vuitton — mais à Abu Dhabi, où les espaces publics privilégiés sont à l’intérieur des malls climatisés, elle tient de la performance. On peut regretter que, parfois, les files d’attente pour entrer dans cet autre Louvre soit autant pour le musée que pour le café, mais c’est là le succès de la conception de ce bâtiment, qui n’en est finalement pas vraiment un.
At Louvre Abu Dhabi, the city finds a new space to meet and mingle (The National)


Bonus vidéo


Interminable, retardé, décrié, le chantier du Louvre Abu Dhabi n’aura pas été une partie de plaisir. Le défi technique que représente cette immense coupole ajourée et constituée de huit couches différentes n’aura pas été, non plus une, sinécure. 
Retour sur une petite dizaine d’années avec ce time-lapse à la gloire du projet.




Bonus audio


Enfin, bouclons le sujet avec une émission de France Culture sur les mécanismes d’exportation des musées et leurs conséquences. Louvre, Guggenheim, Centre Pompidou, Tate, MoMa ; ils ont tous expérimenté avec plus ou moins de succès la franchise plus ou moins lointaine. Et cette démarche voit bien plus loin que le bout du nez du monde de l’art.