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France Gall avait raison

VOICI MONOPOLIS







2018, de New-York à Tokyo tout est partout pareil.

La ville tend à s’uniformiser aux quatre coins du globe. Il y a quarante ans, Michel Berger et France Gall, imaginent dans Starmania un futur proche où un milliardaire se lance en politique et devient maître de l’occident, sur fond de menace terroriste et d’urbanisme mondialisé. La similitude avec notre contemporanéité est frappante. Au-delà de l’anticipation, Monopolis, cette chanson mélancolique, parle de la mondialisation des modes de vie, de la culture et donc de l’architecture et de la ville.

Réflexions libres sur la Nouvelle Ville Mondialisée.




Aujourd’hui, la fabrique de la ville s’est globalisée. Le constat est partagé par chacun d’entre nous : l’architecture contemporaine devient mimétique, tout est partout pareil. Les projets urbains danois servent de modèles aux projets urbains français, qui inspirent à leur tour les villes nouvelles marocaines. Les références deviennent mondiales sous l'impulsion de sites internet hégémoniques où sont présentées des architectures identiques. Pour exemple, le nouveau parc Zariadié à Moscou est un véritable catalogue exhaustif du parc contemporain : formes courbes, points de vue instagramables et jardin d’hiver. On retrouve aisément ses semblables à Séoul, Madrid ou encore New-York. La question du lieu est évacuée. Celle de la composition contextualisée reposant sur un patrimoine et des usages propres à la culture locale est délaissée. L’idée est de faire du contemporain, du moderne et du mondial.



‘On prend le même métro
Vers les mêmes banlieues
Tout le monde à la queue leu leu’




Malgré la formation de quelques courants contestataires, les effets de la mondialisation n’ont pas pu être freinés durant ces dernières décennies. Il s'agit d'un mouvement irrépressible du monde. 
L’uniformisation culturelle au sein d’une grande culture mainstream mondiale ne nivèle pas seulement le cinéma ou la musique ; l’architecture est affectée. Au 18è siècle, des quartiers entiers étaient dessinés par les architectes locaux (Mathurin Crucy à Nantes ou Victor Louis à Bordeaux). Aujourd’hui des architectes hollandais ou danois proposent une architecture formalisée, calibrée et faussement évidente n’importe où dans le monde. En réalité c’est bien Bjarke Ingels qui façonne Monopolis.




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Barcode project, Oslo.

Photo
Rainer Taepper




‘Dans les villes de l'an 2000
La vie sera bien plus facile
On aura tous un numéro
Dans le dos’




La Nouvelle Ville Mondialisée est nécessairement écologique, smart et inclusive. Ces labels et dénominateurs des récits urbains sont souvent issus du marketing, mais — qu’on le veuille ou non— la notion de smart city définit dorénavant une vraie tendance de la fabrique de la ville. La ville intelligente de demain amorce une nouvelle étape dans l’urbanisme. Alors, ‘la vie sera-t-elle bien plus facile’ ?

Il faut rester vigilant. Dans Monopolis, les services d’une ville intelligente vous permettront de vous garer plus vite, optimiser votre consommation d’énergie, gérer votre agenda culturel. Mais que deviendront les données collectées de vos consommations, de vos trajets ? Les opérateurs seront ils privés ou publics et portés par une nouvelle gouvernance des citoyens connectés ? L’avenir des données produites par la Nouvelle Ville Mondialisée est entre les mains de ses citoyens. Par l’engagement, et les choix politiques qu’ils feront lors des scrutins qui rythment la vie démocratique.

En somme, quel avenir pour la Nouvelle Ville Mondialisée ? Une planète recouverte d’une immense ville, façon Coruscant ? En réalité la véritable transformation risque bien d’advenir dans son mode de gouvernance. La privatisation de la ville est le véritable enjeu de la ville au 21e siècle. Certains architectes, comme Patrick Schumacher, plaident depuis longtemps pour une privatisation de la ville. Une multitude de Nouvelles Villes Mondialisées cherchant à attirer capitaux et habitants. Une libre concurrence où de puissants acteurs économiques vont prendre leur part. Alphabet, maison mère de Google, vient de lancer Sidewalk Labs, qui a pour ambition d’améliorer la ville en s’appuyant sur leur unique savoir-faire de traitement des données.

Nous verrons alors naître des villes privées, se spécialisant sur des parts de marché exclusives. Des gagnantes et des perdantes. Qui nous dit que les métropoles gagnantes d’aujourd’hui seront celle de demain ?

Il est fort possible que les villes moyennes françaises en déshérence tiennent là leur revanche.








Florent Auclair
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